Bénin : Kemi Seba dénonce un « coup d’État institutionnel » préparé par Patrice Talon via le code électoral
À l’approche des élections de 2026, une vive polémique secoue le Bénin. Alors que Patrice Talon a réaffirmé publiquement qu’il ne briguerait pas de troisième mandat, l’opposant panafricaniste Kémi Seba l’accuse de préparer en coulisses un « braquage politique » par le biais d’un code électoral taillé sur mesure. Entre promesse de départ et soupçons de verrouillage démocratique, le débat divise profondément la scène politique béninoise.

Patrice Talon, un président salué pour son renoncement au 3ᵉ mandat
Contrairement à de nombreux chefs d’État africains qui modifient la Constitution pour se maintenir au pouvoir, Patrice Talon a plusieurs fois affirmé qu’il respecterait la limite de deux mandats. Une décision saluée par une partie de la classe politique, des artistes et de la société civile, qui y voient un signe de maturité démocratique et de courage politique.
Pour son entourage, dont son porte-parole Wilfried Léandre Houngbédji, la position du président est claire : aucune modification des textes ne sera envisagée pour prolonger son mandat. Pourtant, l’ombre du doute plane, alimentée par les accusations de Kemi Seba.
Kémi Seba accuse : « Un coup d’État institutionnel »
Dans une vidéo publiée le 17 août 2025, le fondateur de l’ONG Urgences Panafricanistes a dénoncé une stratégie dissimulée derrière la réforme électorale de mars 2024. Selon lui, le code électoral voté par les députés pro-Talon est conçu pour neutraliser toute opposition réelle.
La nouvelle loi impose qu’un parti politique obtienne au moins 20 % des voix dans chaque circonscription pour siéger au parlement. Un seuil jugé « irréaliste » par l’opposant :
« Aucun parti politique au Bénin ne peut réunir ces conditionnalités. Les députés pro-Talon savaient exactement ce qu’ils faisaient. »
Pour Kemi Seba, seuls l’Union Progressiste du Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain, proches du pouvoir, pourraient franchir ce cap. Résultat : un parlement presque totalement acquis à Talon, même après son départ.
Le scénario de la prolongation « forcée » du mandat
Au-delà du parlement, Kemi Seba redoute un second scénario : si aucun parti ne parvient à franchir le seuil des 20 %, le Conseil constitutionnel — qu’il accuse d’être « contrôlé de A à Z » par le président — pourrait décréter une prolongation du mandat présidentiel.
Une stratégie qui permettrait à Patrice Talon de rester indirectement au pouvoir malgré ses annonces de départ.
Une présidentielle verrouillée selon l’opposant
Concernant la présidentielle, le constat est tout aussi alarmant pour l’opposant panafricaniste. D’après lui, seuls trois partis sont autorisés à présenter un candidat : l’UPR, le Bloc Républicain et un parti d’opposition toléré, Les Démocrates.
Les autres formations, notamment panafricanistes et « anti-système », seraient exclues de facto.
« Tous les candidats anti-système ne sont pas autorisés à se présenter », affirme Kemi Seba, dénonçant un système électoral « truqué et vicié ».
Boycott électoral et appel à la résistance
Face à ce qu’il considère comme une « manipulation institutionnelle », Kemi Seba appelle au boycott électoral et à des actions « ciblées contre le système néocolonial ». Tout en affirmant son attachement à la non-violence, il promet de ne pas laisser « la démocratie béninoise être bradée ».
Une controverse au cœur du débat démocratique africain
Cette accusation ravive les tensions entre partisans de Patrice Talon, qui louent son respect de la Constitution, et ses détracteurs, qui voient dans ses réformes une stratégie plus subtile que celle d’autres dirigeants africains accusés de s’accrocher au pouvoir.
Kemi Seba n’hésite pas à comparer Talon à Alassane Ouattara ou Paul Biya :
« Il est juste plus rusé que dramatique Ouattara et que l’immortel Biya. Mais sinon, il est dans la même réalité. »
À l’approche de 2026, la question reste entière : Patrice Talon sera-t-il l’exception qui confirme la règle africaine, ou un nouveau cas de « prolongation institutionnelle » ?