IBRAHIM Traoré et L’UA » Au coude à coude » Le président de la commission Réagit.
Alors que le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, pointe du doigt le rôle limité de l’Union africaine, le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, rappelle que l’avenir de cette institution dépend surtout de l’engagement des États africains eux-mêmes. Une leçon pour tous les citoyens et futurs leaders du continent.

Mes chers amis, l’Afrique se trouve à un carrefour décisif. Lors d’un récent échange avec la jeunesse burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, n’a pas mâché ses mots : « Certes, vous entendrez parler de l’Union africaine. Oui, elle existe. Mais quel est l’effet de l’Union africaine ? » Pour lui, l’Union africaine n’existe que de nom : sa présence est équivalente à son absence.
Cette critique, sévère mais honnête, reflète une frustration partagée par de nombreux citoyens africains. Pourtant, derrière ces mots, Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, apporte des éclairages essentiels. Selon lui, l’institution n’est pas inutile. Mais elle est confrontée à des défis majeurs : sur 55 États membres, seuls 17 paient réellement leur cotisation. Et près de 60 % des programmes de l’Union africaine sont financés par des partenaires externes, notamment l’Union européenne.
Cette dépendance financière limite fortement la capacité de l’Union africaine à agir de manière souveraine. Une solution existe : les États africains pourraient contribuer à hauteur de 0,2 % de leurs importations pour financer leur institution. Mais peu semblent prêts à franchir ce pas, démontrant un manque de volonté politique pour renforcer la souveraineté continentale.
Sur le plan politique, la situation est tout aussi complexe. Le président Traoré a souligné l’isolement de certains pays, suspendus ou autoexclus de l’Union africaine à la suite de changements anticonstitutionnels. Mahamoud Ali Youssouf insiste sur le rôle des communautés économiques régionales, comme la CEDEAO, pour accompagner ces États vers le retour à l’ordre constitutionnel. Le dialogue, selon lui, doit rester ouvert, mais respecter les textes en vigueur.
La question de la sécurité illustre parfaitement les limites actuelles. La stratégie de « faire taire les armes » adoptée par l’Union africaine devait initialement produire des résultats d’ici 2020. Reportée à 2030, cette initiative risque de ne pas atteindre ses objectifs tant que les États africains ne prendront pas en main le financement et la mise en œuvre de leurs propres moyens de défense.
L’enseignement est clair : l’avenir de l’Afrique ne repose pas sur des institutions étrangères ni sur de beaux discours. Il dépend de la volonté et de l’engagement de ses propres fils et filles. Tant que les citoyens resteront spectateurs, l’Union africaine ne sera qu’un symbole vide. Mais si les Africains décident d’agir, de financer leur souveraineté et de prendre leurs responsabilités, ils pourront enfin construire un continent libre, fort et uni.
L’heure n’est plus aux paroles : elle est à l’action. Aux jeunes leaders, aux citoyens engagés, aux futurs dirigeants, le message est simple : osez agir, participez à la politique, et construisez l’Afrique que vous méritez. L’avenir appartient à ceux qui refusent de subir et qui décident d’écrire leur propre histoire.
