Guinée-Bissau : Entre espoir, tourmente et vérité ballotée — La Cédéao face à un tournant décisif

Face au coup d’État qui a renversé le président Embaló, la Cédéao tient un sommet extraordinaire pour définir une réponse régionale coordonnée. Entre la promesse du général Horta N’Tam d’une transition d’un an et les revendications de l’opposition pour la reconnaissance des résultats électoraux, l’organisation ouest-africaine se retrouve au cœur d’une crise cruciale pour la stabilité de la Guinée-Bissau.

Guinée-Bissau Entre espoir, tourmente et vérité ballotée — La Cédéao face à un tournant décisif

La Guinée-Bissau vient une nouvelle fois de basculer dans l’incertitude. Un pays habitué aux lendemains incertains, aux transitions qui s’empilent et aux promesses qui s’effritent. Depuis le coup d’État survenu le 26 novembre, renversant le président Umaro Sissoco Embaló, la sous-région retient son souffle. Et ce jeudi, la Cédéao tient un sommet extraordinaire pour analyser cette crise qui rebat les cartes du pouvoir à Bissau.

Un nouveau maître à bord : le général Horta N’Tam et la promesse d’une transition “purificatrice”

À peine installé à la tête du Haut Conseil militaire pour le rétablissement de la sécurité nationale et de l’ordre public, le général Horta N’Tam a dévoilé sa feuille de route : une transition d’un an, pas un jour de plus, dit-il. Avec une priorité affichée — combattre les réseaux de narcotrafic qui gangrènent le pays, corrompent les institutions et fragilisent l’État depuis des décennies.

Un discours ferme, presque salvateur pour certains. Le général affirme que les militaires ont agi pour contrer « une menace croissante sur la démocratie et la stabilité politique ». Une manière de présenter le putsch comme un mal nécessaire, un acte préventif.

Une opposition vent debout : coup d’arrêt ou coup monté ?

Mais à peine la fumée du coup d’État dissipée, les critiques ont fusé.
La Coalition Terra Ranka (PAI-TR), soutien du candidat Fernando Dias da Costa, dénonce une opération politique visant à empêcher l’annonce des résultats du scrutin présidentiel du 23 novembre. Selon elle, les résultats compilés donnaient son candidat vainqueur dès le premier tour.

Cette coalition va plus loin : elle parle d’un coup d’État délibéré pour bloquer l’alternance. Elle exige la libération immédiate de Domingos Simões Pereira, président du PAIGC et figure centrale de Terra Ranka, arrêté avec ses collaborateurs dans la foulée du putsch.

Un récit militaire qui interroge : complot, narcotrafic et menace diffuse

De son côté, l’armée maintient sa version. Le général Dinis N’Tchama évoque un « plan de déstabilisation » impliquant politiciens et réseaux criminels liés au narcotrafic. Une menace qui, selon les militaires, justifierait leur intervention au moment précis où les résultats provisoires devaient être publiés.

Toutefois, plusieurs observateurs notent que les missions d’observation électorale, régionales comme internationales, avaient jugé le scrutin calme, ordonné et transparent. D’où les interrogations : véritable menace sécuritaire ou stratégie politique ?

La communauté internationale réagit : condamnations unanimes

L’Union africaine, la Cédéao, le Nigéria, ainsi que de nombreuses chancelleries ont condamné sans ambiguïté la prise du pouvoir par la force. Elles réclament le retour immédiat à l’ordre constitutionnel, la reprise du processus électoral et la libération des leaders politiques détenus.

Ce sommet extraordinaire de la Cédéao sera déterminant. Car la Guinée-Bissau traîne derrière elle un lourd passé de coups d’État, d’assassinats politiques et d’instabilité chronique depuis son indépendance en 1974. Le moindre faux pas peut relancer un cycle déjà bien connu.

Quelle issue pour la Guinée-Bissau ? Entre transition incertaine et bataille pour la vérité des urnes

Le général Horta N’Tam promet une transition courte et un combat sans concession contre la criminalité organisée. Mais face à lui, une opposition galvanisée exige que la voix des électeurs soit respectée. Deux visions, deux légitimités, un pays encore fracturé.

La question centrale reste entière :
cette transition est-elle une parenthèse salvatrice, ou un écran de fumée pour redessiner le pouvoir ?

La réponse pourrait bien se jouer dans les prochains jours, au rythme des décisions de la Cédéao et de la mobilisation intérieure.

Une chose est sûre :
la Guinée-Bissau n’a plus le droit à l’erreur.
L’histoire, patiente mais intransigeante, rappelle qu’aucun pays ne construit sa stabilité sur des transitions successives et des urnes étouffées. Le peuple bissau-guinéen mérite enfin un horizon clair, une vérité assumée, et un avenir choisi.

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