Le Niger annonce des poursuites contre Orano après la découverte de 400 tonneaux de carottes radioactives

La découverte de centaines de tonneaux radioactifs abandonnés à l’air libre dans le nord du Niger a déclenché une nouvelle crise entre Niamey et le géant français Orano. Accusée de mettre en danger les populations et de fuir ses responsabilités environnementales, la compagnie nucléaire fait désormais face à la menace de poursuites judiciaires, dans un contexte où le Niger affirme plus que jamais sa souveraineté.

La tension déjà vive entre Niamey et Paris vient de

La tension déjà vive entre Niamey et Paris vient de franchir un nouveau seuil. La découverte, dans le nord du Niger, de matériaux radioactifs dangereux abandonnés à l’air libre a déclenché une onde de choc politique et diplomatique. Pour le gouvernement nigérien, cette affaire n’est pas seulement un incident industriel : elle représente une menace directe contre la santé des populations et une preuve supplémentaire du mépris persistant du géant nucléaire français Orano envers le Niger.

Tout commence lorsque les autorités découvrent, dans le département d’Arlit, 400 tonneaux remplis de carottes radioactives laissées sans protection. Une découverte d’autant plus alarmante que les mesures effectuées affichent une dose de radioactivité oscillant entre 7 et 10 microsieverts par heure, quand la norme admise ne dépasse pas 0,5 microsievert. Autrement dit, un danger immédiat et potentiellement mortel pour toute personne exposée dans un rayon de plusieurs mètres.

Face à cette situation, le ministre nigérien de la Justice, Alio Daoud, ne mâche pas ses mots. Il accuse Orano – déjà en conflit ouvert avec Niamey depuis la rupture des accords bilatéraux après le coup d’État de juillet 2023 – d’avoir adopté une posture arrogante et irresponsable. Pour lui, les récentes prises de position du groupe, qui dénonçait un prétendu transport « illégal » d’uranium, ne sont qu’un écran de fumée destiné à détourner l’attention de sa propre gestion désastreuse. Selon le garde des Sceaux, Orano agit « comme un prédateur qui a perdu sa proie », convaincu de sa toute-puissance et refusant de reconnaître l’expertise des ingénieurs nigériens.

Mais le plus inquiétant reste la nature même des substances découvertes. Les analyses effectuées révèlent la présence de Bismuth 207 et de Chrome X, deux matières radioactives susceptibles de provoquer des troubles respiratoires aigus jusqu’à dix mètres de distance. Une bombe sanitaire à ciel ouvert, dont personne ne sait encore si d’autres dépôts similaires existent ailleurs sur le territoire.

Pour Niamey, la coupe est pleine. Le ministre de la Justice accuse ouvertement Orano d’être responsable d’une « planification de crimes de masse », évoquant des atteintes répétées à la santé des populations, la dégradation irréversible de l’environnement et le non-respect délibéré de plusieurs décisions de justice nigériennes. Depuis des années, des millions de tonnes de déchets radioactifs issus de l’exploitation de l’uranium par Areva – dont Orano est l’héritière directe – gisent à l’air libre, exposant les communautés locales à des risques que « le monde de la science connaît, mais que nos communautés vivent horriblement ».

Le Niger a donc décidé de saisir la justice pour obtenir réparation des dommages environnementaux, sociaux et sanitaires causés par des décennies d’exploitation mal encadrée. Ce nouveau front judiciaire s’ajoute aux arbitrages déjà en cours entre l’État nigérien et Orano, preuve que la rupture est profonde, durable et peut-être irréversible.

Au-delà du conflit juridique, cette affaire symbolise pour beaucoup un tournant historique : celui d’un Niger qui refuse désormais d’être une simple réserve stratégique pour les intérêts étrangers. En exposant au grand jour les conséquences humaines et environnementales de l’exploitation de l’uranium, le pays entend affirmer sa souveraineté, protéger ses populations et redéfinir sa relation avec les multinationales et les anciennes puissances coloniales.

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