Niger–Orano : Niamey contre-attaque et engage des poursuites judiciaires contre le géant français de l’uranium

Le bras de fer entre le Niger et Orano franchit un nouveau cap. Après l’annonce de poursuites judiciaires engagées par le groupe français de l’uranium, les autorités nigériennes ont décidé de riposter sur le terrain judiciaire. Niamey accuse Orano d’expropriation abusive, mais surtout de graves atteintes environnementales liées à l’exploitation de l’uranium sur son sol.

Niger–Orano Niamey contre-attaque et engage des poursuites judiciaires contre le géant français de l’uranium

Une escalade judiciaire assumée par Niamey

Dans un contexte de relations déjà extrêmement tendues entre le Niger et la France depuis le coup d’État de juillet 2023, le gouvernement nigérien dirigé par le général Abdourahamane Tiani a annoncé l’ouverture de procédures judiciaires contre Orano.
Selon le ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, l’État nigérien entend saisir aussi bien les juridictions nationales qu’internationales afin d’obtenir « condamnation et réparation des préjudices subis ».

Niamey reproche au groupe français des décennies d’exploitation jugées destructrices pour l’environnement. Le ministre évoque notamment des terres « souillées », des « déchets toxiques déversés à l’air libre » et des pratiques qu’il assimile à un véritable désastre écologique.

Des accusations environnementales lourdes

Les autorités nigériennes vont plus loin en affirmant avoir découvert près de 400 tonneaux contenant de la carotte radioactive, une matière hautement toxique, abandonnés sur des sites d’exploitation.
Dès le mois de décembre, Alio Daouda avait déjà accusé Orano d’avoir commis des actes pouvant s’apparenter à des « crimes de masse », une qualification qui marque un durcissement inédit du discours officiel contre le groupe français.

Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de remise en cause globale de la présence française dans les secteurs stratégiques du Niger, en particulier celui de l’uranium, ressource clé du pays.

La nationalisation de la Somaïr au cœur du conflit

Le point de rupture majeur reste la nationalisation forcée de la Somaïr, filiale d’Orano, décidée par Niamey en juin dernier. Cette société, basée à Arlit, était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l’État nigérien.

En réponse, Orano affirme avoir été exproprié illégalement et a engagé plusieurs procédures judiciaires contre l’État nigérien. Le groupe français a même indiqué qu’une première décision judiciaire lui aurait été favorable, renforçant sa détermination à poursuivre le combat juridique.

Crispation autour d’un stock stratégique d’uranium

La tension est encore montée d’un cran avec la question d’un stock d’environ 1 000 tonnes de yellow cake, un concentré d’uranium estimé à près de 300 millions d’euros selon Orano.
Le groupe affirme que ce stock a quitté le site d’Arlit avant d’être bloqué à l’aéroport de Niamey, où il se trouve toujours.

Orano a averti qu’il engagerait des poursuites contre toute entité qui tenterait de s’approprier ce stock, ajoutant une dimension économique et stratégique majeure au conflit.

Un contentieux aux implications géopolitiques

Au-delà du litige commercial et environnemental, ce dossier symbolise la rupture profonde entre le Niger et son ancienne puissance coloniale. Le contrôle des ressources minières, et en particulier de l’uranium, est devenu un enjeu central de souveraineté pour la junte nigérienne.

Alors que les procédures judiciaires s’annoncent longues et complexes, l’affaire Orano pourrait durablement redéfinir les relations entre les États africains producteurs de ressources stratégiques et les multinationales occidentales.

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