Guinée-Bissau : Comment Umaro Sissoco Embaló aurait orchestré son propre retrait pour préparer son retour
Umaro Sissoco Embaló aurait planifié un retrait stratégique après la présidentielle de novembre 2025 pour bloquer les résultats et préparer son retour, malgré le coup d’État qui a porté le général Horta au pouvoir.

Par Nanou Fabrice – Février 2026
Novembre 2025. Bien avant que les projecteurs ne se braquent sur la Guinée-Bissau et que les chaînes internationales ne relayent les images du coup d’État, tout se jouait dans l’ombre, loin des caméras, entre les bureaux feutrés du pouvoir et les casernes discrètes de la capital. Le scénario que certains qualifient de « coup d’État fabriqué » ne relève ni du hasard ni de l’improvisation : il s’est méthodiquement préparé à mesure que les chiffres du scrutin indiquaient une défaite probable pour le président sortant, Umaro Sissoco Embaló.
Les coulisses d’un coup d’État programmé
Dès les premières remontées des procès-verbaux électoraux, une certitude s’impose au sommet de l’État : la défaite est inéluctable. Les rapports internes, les observateurs régionaux et même certains officiers le savent. Pour un président installé dans un pays où l’alternance reste fragile, accepter cette sanction des urnes signifiait perdre le contrôle, et peut-être bien plus.
Face à cette perspective, une stratégie se met en place. Selon l’opposition, la décision aurait été prise rapidement : bloquer l’horloge électorale, instaurer un climat d’incertitude et confier le pouvoir à l’armée, tout en maintenant une apparence de continuité constitutionnelle.
C’est dans ce contexte que le général Horta est installé à la tête de l’État. Mais loin d’être un simple officier chargé d’assurer l’intérim, Horta fait partie du cercle rapproché de l’ancien président. En le plaçant à la tête de l’exécutif, Embaló conserve un levier stratégique, quitte le pays sans perdre le contrôle du jeu politique et prépare son retour futur.
Une constitution remodelée pour faciliter le retour
Le 13 janvier 2026, le Conseil national de transition de Guinée-Bissau adopte une révision majeure de la Constitution de 1995. Cette réforme instaure un régime présidentiel fort, renforçant les pouvoirs de l’exécutif et habilitant le président à dissoudre l’Assemblée nationale. Objectif : contrôler l’espace politique et créer un cadre institutionnel favorable à une reprise du pouvoir par Embaló sous couvert de respect de l’égalité électorale.
La CEDEAO et l’Union africaine face à la manœuvre
Que pensent la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) de cette stratégie ? Historiquement, ces organisations insistent sur la tenue des élections, parfois au détriment de l’examen des coulisses politiques. En mars 2025, Embaló avait expulsé une mission de la CEDEAO accusée d’ingérence. Aujourd’hui, la CEDEAO et l’UA restent attentives mais prudentes, conscientes des rapports de force et des arrangements en cours.
L’ancien président nigérien Goodluck Jonathan, observateur de la CEDEAO, a d’ailleurs qualifié le coup d’État de « cérémoniel », soulignant l’étrangeté d’un président déchu annonçant son propre renversement avant même que l’armée ne prenne officiellement le pouvoir.
Une chute orchestrée pour mieux revenir
L’analyse des événements révèle une logique claire : Umaro Sissoco Embaló ne subit pas les événements, il les provoque. En orchestrant sa propre chute, il crée un retrait tactique qui n’est pas une fin politique, mais une étape. Son objectif est de revenir au pouvoir, convaincu que le temps, les institutions et les alliances militaires joueront en sa faveur.
Face à cette manœuvre, la CEDEAO et l’Union africaine restent attachées à leurs principes : garantir la tenue du scrutin, peu importe les zones d’ombre et les arrangements internes. Reste à savoir si le pouvoir de transition acceptera effectivement de réintégrer Embaló dans le jeu politique. L’histoire africaine montre que même les plans les mieux ficelés ne se déroulent pas toujours comme prévu.
Conclusion
Si le scénario d’Embaló se réalise, il pourrait devenir un modèle pour d’autres dirigeants tentés par des manipulations électorales. Mais pour l’instant, la Guinée-Bissau reste suspendue à la prochaine étape de cette partie d’échecs politique.
Gloire à l’unité au pouvoir, vive l’Afrique prospère et la révolution !
