Assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi : la fin brutale d’un espoir politique pour la Libye
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, marque un tournant tragique dans l’histoire politique récente de la Libye. Annoncé comme victime d’une acte soigneusement préparée dans la ville de Zintan, à l’ouest du pays, cet assassinat soulève de lourdes questions sur les luttes de pouvoir internes, les ingérences étrangères et l’impossibilité persistante pour la Libye de retrouver sa souveraineté.

Une mort violente aux circonstances troublantes
Selon plusieurs médias libyens et saoudiens, confirmés par des proches collaborateurs, Saïf al-Islam Kadhafi a été tué à son domicile par un commando armé composé de quatre hommes. D’après son avocat et des sources proches de son entourage politique, les assaillants auraient neutralisé les systèmes de surveillance avant de mener leur opération.
Contrairement à certaines versions évoquant un affrontement armé, plusieurs témoignages concordants parlent d’une exécution ciblée, préméditée et facilitée par des complicités locales. Quelques jours avant sa mort, des inquiétudes sérieuses concernant sa sécurité avaient déjà été signalées.
Zintan, une ville au cœur de l’histoire libyenne
Le lieu de l’assassinat n’est pas anodin. Zintan fut l’une des premières villes instrumentalisées en 2011 pour légitimer le soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi. C’est également par les rebelles originaire de cette ville que Saïf al-Islam avait été capturé en novembre 2011.
Libéré en 2017 à la suite d’une loi d’amnistie votée par le Parlement de Tobrouk, il n’avait pas retrouvé la liberté par humanisme, mais par pur calcul politique. Les milices de Zintan avaient compris l’intérêt stratégique que représentait le fils de Kadhafi : un levier d’influence, une monnaie d’échange et un possible facteur de mobilisation des nostalgiques de l’ancien régime.
Un homme devenu un symbole politique
Depuis sa libération, Saïf al-Islam Kadhafi vivait dans une clandestinité quasi totale, protégé par des tribus alliées et d’anciens partisans de son père. Malgré cette discrétion, il demeurait une figure centrale dans l’imaginaire politique libyen.
En 2021, son inscription à l’élection présidentielle — finalement avortée en raison de l’impasse politique — avait ravivé les craintes de nombreux acteurs locaux et internationaux. Sa simple présence dans le jeu politique représentait une alternative redoutée à l’ordre imposé depuis l’extérieur.
Pourquoi Saïf al-Islam dérangeait autant
Saïf al-Islam Kadhafi n’était pas un acteur politique ordinaire. Il portait une vision profondément souverainiste, refusant les ingérences étrangères et la transformation de la Libye en simple fournisseur de ressources pour des puissances extérieures.
À l’image de son père, il incarnait une Libye indépendante, économiquement forte, maîtresse de ses ressources et capable de bâtir des alliances régionales solides. Dans un système international où la soumission est souvent récompensée, un homme capable de dire non devient une menace.
Sanctions internationales et isolement stratégique
Il est essentiel de rappeler que Saïf al-Islam Kadhafi et plusieurs de ses soutiens étaient sous sanctions américaines et européennes. Ces sanctions avaient un objectif clair : l’asphyxie financière et politique, afin d’empêcher tout retour structuré sur la scène nationale.
L’absence de condamnation internationale après sa mort n’a donc rien de surprenant. Laisser sa voix s’exprimer, laisser son projet circuler, aurait pu ébranler les fondations mêmes du contrôle exercé sur la Libye depuis plus d’une décennie.
Une élimination politique plus qu’un simple assassinat
L’histoire de Saïf al-Islam Kadhafi suit une logique bien connue : emprisonnement, discrédit, marginalisation médiatique, isolement, puis neutralisation. Ce schéma rappelle d’autres assassinats politiques contemporains, où des complicités internes jouent un rôle clé.
Il ne s’agit pas seulement de la mort d’un homme, mais de l’élimination d’un symbole. Un symbole d’espoir pour une partie du peuple libyen, et un signal envoyé à tous ceux qui voudraient remettre en cause l’ordre dominant.
Conclusion : l’espoir étouffé, mais pas effacé
On dit souvent que l’espoir fait vivre. Avec la mort de Saïf al-Islam Kadhafi, c’est une partie de cet espoir qui s’éteint pour de nombreux Libyens. Mais l’histoire montre aussi que les idées survivent souvent à ceux qui les portent.
Des hommes comme Saïf al-Islam ne sont pas éliminés parce qu’ils dérangent ponctuellement, mais parce qu’ils incarnent une alternative que le système ne peut tolérer. Sa disparition restera comme un rappel brutal des enjeux réels qui se jouent en Libye et, plus largement, en Afrique.
