Bénin : Kemi Seba dénonce un« coup d’État constitutionnel » – un tournant dangereux du régime Talon
Dans un message à forte portée politique, le panafricaniste Kemi Seba accuse le président béninois Patrice Talon et son entourage d’avoir opéré un « coup d’État constitutionnel » en modifiant la Constitution sans consultation populaire. Une manœuvre qui, selon lui, ouvre la voie à un pouvoir à vie et signe la fin de l’opposition au Bénin.

Dans la nuit du 15 novembre 2025, un événement politique a secoué le Bénin et relancé le débat sur l’état de la démocratie dans le pays. Une révision de la Constitution, adoptée sans consultation populaire, a introduit un nouveau régime institutionnel permettant au président Patrice Talon d’exercer le pouvoir via le Sénat sur une durée indéterminée. Parallèlement, selon cette réforme, le ministre des Finances Romuald Wadagni – décrit par certains opposants comme l’homme de confiance du régime – pourrait désormais bénéficier d’un mandat présidentiel porté à sept ans.
Pour de nombreuses voix critiques, cette révision marque une rupture grave avec l’esprit démocratique et pluraliste du Bénin. Parmi elles, celle du panafricaniste Kemi Seba résonne particulièrement. Dans une déclaration virulente, il parle d’un « viol intégral de la Constitution » et accuse le duo Talon–Wadagni de mener le pays vers une confiscation totale du pouvoir.
Une opposition neutralisée et une “trêve” imposée
Selon Kemi Seba, la nouvelle architecture constitutionnelle s’accompagne d’une stratégie politique visant à éradiquer l’opposition, officiellement au nom de la « stabilité de l’État ». Cette trêve politique, imposée par le pouvoir, aurait pour effet d’étouffer tout débat, toute alternative et toute contestation publique.
Cette situation, selon lui, place le peuple béninois dans une véritable prise d’otage institutionnelle, où les contre-pouvoirs disparaissent progressivement et où les décisions se prennent en vase clos, loin des aspirations populaires.
Kemi Seba : “L’histoire ne finit jamais bien pour les auteurs de coups d’État constitutionnels”
À travers son message, l’activiste compare la situation actuelle à une plaie qui doit mûrir avant d’expulser le pus, évoquant un régime poussé à l’extrême de sa logique de contrôle. Pour lui, cette révision constitutionnelle représente l’ultime excès d’un pouvoir qui finira par s’effondrer sous son propre poids.
Seba affirme que l’Histoire a toujours réservé un destin sombre aux régimes qui s’accrochent artificiellement au pouvoir en manipulant les textes fondamentaux. Il assure que le peuple béninois saura tôt ou tard reprendre en main son destin politique.
Avril 2026 : une date cruciale selon l’activiste
L’activiste panafricaniste situe même un horizon : avril 2026, qu’il décrit comme la deadline historique pour restaurer la souveraineté populaire au Bénin. Selon lui, les manœuvres de Talon auraient paradoxalement donné “toutes les armes politiques” nécessaires pour mobiliser les forces citoyennes et patriotiques.
Il s’adresse directement aux militaires non gradés, aux panafricanistes engagés, aux citoyens révoltés, leur rappelant que « l’Histoire les regarde » et que la victoire serait proche.
Conclusion : une crise politique qui annonce un bras de fer national
Les accusations de Kemi Seba mettent en lumière une situation préoccupante qui dépasse les clivages politiques habituels. Si elles témoignent d’une colère profonde d’une partie de la population, elles reflètent aussi une inquiétude régionale grandissante face aux révisions constitutionnelles perçues comme des moyens de prolonger indéfiniment des mandats présidentiels.
Au Bénin, ce débat pourrait bien devenir l’un des plus décisifs depuis le retour du pays au pluralisme politique dans les années 1990. Reste à savoir si la contestation annoncée pour 2026 prendra la forme d’un mouvement citoyen structuré, ou si le régime parviendra à maintenir le cap de sa réforme sans fragmentation sociale majeure.
