Jacob Zuma au Burkina Faso : quand l’Afrique souveraine reprend la parole
En visite au Burkina Faso, l’ancien président sud-africain Jacob Zuma a livré un message fort : l’Afrique doit désormais parler d’une seule voix et rompre avec toutes les formes de dépendance. Aux côtés du capitaine Ibrahim Traoré, il a rappelé que la véritable indépendance du continent ne se décrète pas — elle se conquiert.

Une arrivée symbolique à Ouagadougou
C’est un Jacob Zuma souriant et dansant qui a foulé le sol burkinabè. Dès sa descente d’avion à l’aéroport de Ouagadougou, l’ancien président sud-africain a tenu à manifester sa joie d’être en terre africaine libre.
Mais au-delà des images, ce déplacement n’a rien d’anodin. Zuma est venu rencontrer le capitaine Ibrahim Traoré, figure montante du panafricanisme contemporain, symbole d’une Afrique jeune, fière et souveraine.
De Tripoli à Ouagadougou : la cohérence d’un combat
L’histoire retiendra que Jacob Zuma n’a pas découvert le combat pour la souveraineté africaine en 2025.
Dès 2011, au plus fort de la crise libyenne, alors que les bombes de l’OTAN tombaient sur Tripoli, Zuma — alors président de l’Afrique du Sud — s’était opposé à la logique de guerre.
Médiateur mandaté par l’Union africaine, il avait tenté une solution africaine, proposant une feuille de route pour un cessez-le-feu et un dialogue direct entre Mouammar Kadhafi et les rebelles.
Cette main tendue du continent avait été rejetée. L’Occident avait choisi la voie du sang au nom d’une « protection des civils » devenue prétexte à un changement de régime. Après l’assassinat brutal de Kadhafi, Zuma avait dénoncé un viol du droit international et une humiliation pour l’Afrique tout entière.
Quatorze ans plus tard, ce même Jacob Zuma retrouve à Ouagadougou un écho à ses convictions : la libération africaine passe par l’unité et la souveraineté.
Face à Ibrahim Traoré : une fraternité de combat
Lors de sa conférence de presse, Jacob Zuma a prononcé un discours vibrant :
« L’Afrique a été colonisée. L’Afrique a été opprimée pendant des siècles. Les Africains ont maintenant décidé de dire : nous devons être libres, et nous allons travailler à libérer l’Afrique. »
Pour l’ancien président sud-africain, les puissances coloniales continuent de piller le continent sous couvert d’indépendance. Il appelle donc à un sursaut de dignité et à la reconquête totale du destin africain.
Et de marteler :
« Ce pays n’a pas connu un coup d’État, mais une libération. Le vrai coup d’État, c’est celui de l’oppresseur qui installe au pouvoir des dirigeants dociles à son service. »
Des mots forts, qui résonnent avec la démarche de souveraineté engagée par le Burkina Faso depuis 2022.
Un pèlerinage panafricain : l’Afrique se rassemble à Ouagadougou
Jacob Zuma n’est pas venu seul. Il était accompagné d’une délégation d’Afro-descendants venus d’Amérique, d’Europe et des Caraïbes. Ensemble, ils ont rendu hommage à Thomas Sankara, père de la révolution burkinabè, au Mémorial qui lui est dédié.
Ce pèlerinage afrodescendant avait pour but de renouer le lien entre l’Afrique et sa diaspora, mais aussi de réfléchir à des solutions concrètes pour une indépendance économique réelle.
Lors d’une conférence, plusieurs intervenants ont plaidé pour la création d’une monnaie africaine indépendante, libérée du franc CFA et du contrôle extérieur :
« Nous devons créer notre propre monnaie. Nous n’avons pas besoin de dépendre d’une monnaie étrangère. Si l’Union européenne a réussi à créer l’euro, pourquoi l’Afrique ne pourrait-elle pas faire de même ? »
Pour ces penseurs panafricains, la monnaie unique africaine serait la clé d’une souveraineté économique durable.
Rompre avec le FMI et la Banque mondiale : l’appel à l’autonomie totale
Les participants à la rencontre ont aussi appelé à une rupture claire avec les institutions financières internationales. Selon eux, la Banque mondiale et le FMI ne sont pas des partenaires de développement, mais des instruments de domination économique.
« Nous devons oublier le FMI et la Banque mondiale. L’Afrique ne doit rien à l’Occident. Toutes ces dettes ne sont que la conséquence du pillage de nos richesses. »
Le message est sans ambiguïté : le continent doit reprendre le contrôle de ses ressources, de ses politiques monétaires et de ses décisions stratégiques.
Une continuité historique : de Sankara à Traoré, de Kadhafi à Zuma
Entre Tripoli et Ouagadougou, entre 2011 et 2025, le fil conducteur est limpide : la liberté de l’Afrique ne sera jamais donnée, elle se construira par la conscience, la solidarité et le courage.
Zuma salue en Ibrahim Traoré le prolongement de ce combat, un homme qui incarne, selon lui, la relève d’une génération décidée à rompre avec les tutelles coloniales.
« Gloire à nos peuples, dignité à nos peuples, victoire à nos peuples ! La patrie ou la mort, nous vaincrons », conclut Zuma dans un ton rappelant les grands discours de libération du XXe siècle.
Conclusion : l’Afrique se relève, le monde écoute
La rencontre entre Jacob Zuma et Ibrahim Traoré n’est pas un simple événement diplomatique. Elle symbolise le passage de témoin entre deux époques du panafricanisme : celle de la résistance et celle de la reconstruction.
De la Libye au Burkina Faso, le message reste le même : l’Afrique doit être maîtresse de son destin.
La souveraineté ne se quémande pas. Elle s’arrache, se construit et se défend. Et dans cette lutte, des voix comme celles de Zuma et Traoré rappellent que le temps des peuples africains est enfin venu.
