Libye : accusations de « trahison » après l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, tensions croissantes entre Zintan et la tribu Qaddadfa

L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi ne cesse de faire naître de lourdes accusations de trahison au sein même de son entourage. À Zintan, les soupçons se multiplient : fuite d’informations, négligence ou acte délibéré ? Derrière le drame, une question domine désormais le débat libyen : qui a trahi, et à quel prix ?

Libye accusations de « trahison » après l’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi, tensions croissantes entre Zintan et la tribu Qaddadfa

La scène politique et tribale libyenne est secouée par une vive polémique après l’assassinat, le 5 de ce mois, de Saïf al-Islam Kadhafi dans la ville de Zintan. Entre accusations de « trahison », soupçons de négligence sécuritaire et appels à la vérité, les échanges virulents entre ses proches alimentent les craintes d’une nouvelle fracture locale susceptible de dégénérer en conflit ouvert.

Un assassinat qui ravive les fractures libyennes

Fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam vivait depuis plusieurs années sous protection à Zintan, à environ 160 kilomètres au sud-ouest de Tripoli. Discret pendant près d’une décennie après sa capture en novembre 2011 près d’Ubari, il avait refait surface sur la scène politique en déposant sa candidature à l’élection présidentielle prévue en 2021.

Son assassinat a provoqué une onde de choc dans le pays, déjà fragilisé par des divisions politiques, militaires et tribales persistantes. Mais au-delà de l’émotion, c’est la guerre des accusations qui domine désormais l’actualité.

Échange d’accusations au sein de son entourage

Le différend oppose principalement Ajami Al-Ateiri, commandant du bataillon « Abou Bakr Al-Siddiq », chargé de la protection de Saïf al-Islam à Zintan, et Ahmed Al-Zarrouq Al-Kaddafi, jeune membre de la tribu Qaddadfa et cousin du défunt.

Au cœur de la polémique : une visite d’Al-Zarrouq au domicile de Saïf al-Islam peu avant son assassinat. Une photo publiée sur les réseaux sociaux aurait, selon certains observateurs libyens, permis d’identifier le lieu exact où il résidait, facilitant ainsi l’action de ses assassins.

Dans une déclaration aux accents accusatoires, Al-Ateiri a dénoncé ce qu’il qualifie de « trahison des conseils », évoquant l’enregistrement, la diffusion d’images et la révélation d’informations sensibles sans autorisation. Sans citer explicitement de nom, ses propos ont été perçus comme visant directement le jeune Al-Zarrouq.

La tribu Qaddadfa exige des explications

La réaction ne s’est pas fait attendre. L’« Association de la jeunesse de la tribu Qaddadfa » a exprimé son indignation face à des accusations jugées graves et infondées. Dans un communiqué, elle a dénoncé des allusions « inacceptables » et exigé la publication immédiate d’une déclaration claire, détaillant les preuves et les sources des accusations.

La tribu rappelle que toute personne disposant d’informations sur un assassinat doit les transmettre aux autorités compétentes, et non alimenter l’ambiguïté par des insinuations publiques. Elle insiste également sur le fait que le crime s’est produit dans une zone géographique connue et sous une responsabilité sécuritaire clairement identifiée.

Les jeunes Qaddadfa ont averti qu’ils n’accepteraient pas la clôture du dossier sans que soient révélés les circonstances exactes du crime, ses commanditaires, ses exécutants et d’éventuels complices.

Risque de tensions entre Zintan et les Qaddadfa

Plusieurs observateurs estiment que cette escalade verbale pourrait annoncer une détérioration des relations entre la ville de Zintan et la tribu Qaddadfa. Une source politique locale a souligné la nécessité d’une intervention rapide des sages des deux camps pour éviter que le différend ne dégénère.

Cette tension survient alors que la position des forces locales de Zintan à l’égard de Saïf al-Islam avait récemment évolué. Des responsables municipaux avaient appelé à son arrestation et à son jugement, estimant que les accusations pesant contre lui ne pouvaient être prescrites.

Une déclaration signée par plusieurs dirigeants locaux avait même demandé au procureur général d’activer les mandats d’arrêt visant des personnes recherchées dans des affaires criminelles antérieures, dans une référence largement interprétée comme visant Saïf al-Islam.

Une affaire aux lourdes implications politiques

L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi intervient dans un contexte libyen marqué par l’instabilité institutionnelle et la rivalité entre autorités concurrentes. Figure controversée mais influente auprès d’une partie de la population, il représentait pour certains un possible acteur de recomposition politique.

Aujourd’hui, au-delà de la question des responsabilités immédiates, l’enjeu est celui de la transparence et de la préservation de la cohésion nationale. Dans un pays où les lignes de fracture tribales et régionales restent vives, la gestion de cette affaire pourrait déterminer si la Libye s’engage vers un apaisement ou vers une nouvelle phase de tensions.

Les appels à « révéler toute la vérité » se multiplient, tandis que la mémoire du fils de l’ancien régime devient déjà un symbole de discorde. Reste à savoir si les autorités compétentes parviendront à établir les faits de manière crédible, ou si l’affaire alimentera durablement la méfiance entre communautés libyennes.

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *