Macron félicite Ouattara : un soutien français qui interroge la démocratie ivoirienne

Emmanuel Macron a félicité Alassane Ouattara pour sa réélection à la tête de la Côte d’Ivoire. Un geste diplomatique classique, mais qui suscite de vives interrogations sur la sincérité du processus électoral ivoirien et sur la nature du partenariat entre Paris et Abidjan.

Macron félicite Ouattara un soutien français qui interroge la démocratie ivoirienne

Un appel de félicitations qui ne surprend personne

Le mardi 4 novembre, le président français Emmanuel Macron a téléphoné à son homologue ivoirien Alassane Ouattara pour le féliciter de sa réélection, à la suite de la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel.
Selon l’Élysée, le chef de l’État français a exprimé sa volonté de « poursuivre l’approfondissement du partenariat déjà très dense entre les deux pays », tout en maintenant un dialogue « sur les enjeux internationaux ».
Ce langage diplomatique bien rodé témoigne de la continuité des relations franco-ivoiriennes, marquées par une forte interdépendance politique, économique et sécuritaire.


Une victoire annoncée, un scrutin contesté

Avec près de 90 % des suffrages, Alassane Ouattara a été réélu pour un nouveau mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, lors d’un scrutin qui s’est tenu le 25 octobre.
Mais cette victoire, sans surprise, a été largement critiquée par l’opposition et une partie de la société civile. Deux principaux candidats avaient été écartés de la course, laissant le champ libre à un président sortant déjà solidement installé au pouvoir depuis 2011.

Le taux de participation, à peine supérieur à 50 %, illustre la lassitude et le désenchantement d’une partie de l’électorat ivoirien.
Pour de nombreux observateurs, cette élection n’a pas incarné le pluralisme démocratique espéré après des années de tensions politiques.


Paris et Abidjan : un partenariat sous tension

Le message de félicitations d’Emmanuel Macron n’est pas anodin.
Il confirme que, malgré les appels au changement en Afrique francophone, la France continue de miser sur la stabilité avant la démocratie.
Les relations entre Paris et Abidjan reposent sur des intérêts économiques majeurs : investissements, coopération militaire, influence culturelle et présence d’entreprises françaises dans des secteurs stratégiques.

Cette proximité, souvent perçue comme un héritage de la Françafrique, suscite la méfiance d’une partie de la jeunesse ivoirienne, de plus en plus critique vis-à-vis du rôle de la France dans la politique intérieure du pays.


Un soutien symbolique, un malaise politique

Si la diplomatie française parle de « partenariat renouvelé », beaucoup y voient une caution occidentale à un pouvoir contesté.
Les félicitations de Macron rappellent celles adressées jadis à d’autres dirigeants africains dont la légitimité électorale était pourtant remise en cause.

Dans les rues d’Abidjan, certains citoyens se disent résignés, d’autres indignés :

« Quand la France félicite Ouattara, c’est comme si elle disait que notre voix ne compte pas », confie un jeune étudiant.

Cette perception renforce le sentiment d’un déséquilibre persistant entre Paris et ses anciennes colonies, malgré les discours de rupture affichés par Emmanuel Macron depuis son arrivée à l’Élysée.


Vers quel avenir pour la démocratie ivoirienne ?

La Côte d’Ivoire reste un acteur clé en Afrique de l’Ouest, mais la question de l’alternance démocratique continue de diviser.
Tandis qu’Alassane Ouattara prône la stabilité et la croissance, ses opposants dénoncent une confiscation du pouvoir et une justice à deux vitesses.
Et pendant que la France parle de « partenariat stratégique », une partie de l’opinion ivoirienne appelle à une véritable souveraineté politique, libérée des influences extérieures.

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