Mali, Burkina Faso, Niger : la CEDEAO désigne Lansana Kouyaté comme médiateur pour renouer le dialogue avec l’AES
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tente une nouvelle approche diplomatique. L’organisation régionale a nommé Lansana Kouyaté comme médiateur chargé de rétablir le dialogue avec le Alliance des États du Sahel (AES), dans un contexte sécuritaire et géopolitique particulièrement tendu.

Une nomination stratégique pour relancer le dialogue
La CEDEAO a officiellement désigné Lansana Kouyaté en qualité de « chef des négociateurs » avec les pays de l’AES, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Ancien Premier ministre de Guinée et ex-président de la Commission de la CEDEAO, il est reconnu pour son expérience diplomatique et sa connaissance approfondie des enjeux régionaux.
Selon des sources proches de l’organisation, cette nomination vise à « rapprocher les peuples » et à recréer un canal de discussion avec les trois États sahéliens, dont la rupture avec le bloc ouest-africain a profondément bouleversé les équilibres régionaux.
Une rupture historique entre la CEDEAO et l’AES
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dirigés par des pouvoir militaires arrivés au pouvoir entre 2020 et 2023, ont quitté la CEDEAO en janvier 2025.
Ces États reprochent notamment à l’organisation régionale d’être influencée par des puissances étrangères, en particulier la France.
En réponse, ils ont créé l’Alliance des États du Sahel, une coalition politique et militaire visant à renforcer leur souveraineté et leur coopération sécuritaire, notamment à travers une force conjointe de lutte contre le terrorisme.
Un contexte sécuritaire explosif
Les trois pays de l’AES sont confrontés à une insécurité liée aux groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à État islamique.
Dans ce contexte, la mission de Lansana Kouyaté s’annonce particulièrement complexe, entre défi sécuritaire, tensions politiques et recomposition géopolitique.
Des tentatives de médiation jusque-là infructueuses
Avant cette nomination, plusieurs initiatives avaient déjà été entreprises par la CEDEAO pour ramener les pays de l’AES dans le giron régional.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye avait été désigné médiateur en 2024, sans parvenir à infléchir la position des juntes.
De même, le président ghanéen John Dramani Mahama a effectué une tournée diplomatique dans les trois pays en mars 2025, également sans succès.
Une médiation à haut risque
La nomination de Lansana Kouyaté intervient donc dans un contexte extrêmement sensible.
Entre volonté de dialogue affichée par la CEDEAO et détermination des pays de l’AES à affirmer leur indépendance, les marges de manœuvre restent limitées.
Cette nouvelle médiation pourrait toutefois ouvrir une fenêtre de discussion, à condition de parvenir à concilier des visions profondément divergentes de l’intégration régionale et de la souveraineté.
Conclusion
La désignation de Lansana Kouyaté marque une nouvelle tentative de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour éviter une fracture durable avec l’Alliance des États du Sahel.
Mais face à des positions déjà bien ancrées et à un contexte sécuritaire explosif, le succès de cette mission dépendra autant de la diplomatie que de la capacité des acteurs à redéfinir les bases d’une coopération régionale plus équilibrée.
