Pourquoi l’extradition de Damiba demeure un dossier sensible
La demande d’extradition de l’ancien président burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba reste au point mort, malgré les accusations de tentative d’assassinat et de coup d’État portées contre lui. Entre accords tacites, enjeux diplomatiques et contraintes géopolitiques, le dossier révèle la complexité des relations entre le Burkina Faso, le Togo, la Côte d’Ivoire et la CEDEAO. Décryptage.

Depuis son départ du pouvoir en septembre 2022, Paul-Henri Sandaogo Damiba bénéficie d’un exil sécurisé au Togo, à proximité du palais présidentiel de Lomé. Selon certaines sources, il réside dans une résidence d’État hautement protégée et bénéficie d’un dispositif de sécurité et de personnel dédié. Cette situation s’inscrit dans un accord tacite négocié à l’époque, incluant des garanties d’immunité pour lui et ses officiers, ainsi qu’une discrétion exigée vis-à-vis des nouvelles autorités burkinabè.
Cependant, les accusations récentes de tentative d’assassinat du président Ibrahim Traoré et de coup d’État compliquent toute perspective de transfert. Les autorités burkinabè considèrent ces lignes rouges comme non négociables, tandis que la CEDEAO, influencée par des facteurs géopolitiques, n’a pas pris position officiellement.
Le rôle stratégique du Togo et de la Côte d’Ivoire
Le Togo, par le biais du port autonome de Lomé, reste un partenaire commercial incontournable pour le Burkina Faso. Plus de 90 % du trafic en transit du pays passe par ce corridor, qui constitue un lien vital pour l’économie burkinabè. Toute tension diplomatique avec Lomé pourrait avoir un impact direct sur le commerce et la logistique nationale.
De son côté, la Côte d’Ivoire est régulièrement accusée par le président Traoré d’ingérence dans les affaires internes du Burkina Faso. Pour les instances régionales, reconnaître ces accusations reviendrait à valider une implication directe dans les tentatives de déstabilisation, un scénario que Ni la Côte d’Ivoire ni le Togo ne souhaitent voir se matérialiser.
La CEDEAO face à un dilemme diplomatique
L’organisation régionale s’est déjà impliquée dans des dossiers similaires par le passé, comme l’exil de Yahya Jammeh en Gambie, pour lequel elle a rappelé que l’ancien président restait pleinement justiciable. Toutefois, dans le cas de Damiba, la CEDEAO adopte une approche prudente. Soutenir l’extradition reviendrait à confirmer les accusations burkinabè et pourrait déstabiliser ses relations avec les États membres.
Une solution : la médiation
Face à cette impasse, les experts estiment que la seule voie réaliste reste la médiation diplomatique. Plutôt que de forcer la main au Togo, la prudence impose de négocier des solutions garantissant à la fois la sécurité juridique de Damiba et les intérêts stratégiques du Burkina Faso. Dans un contexte où l’exil politique est devenu un outil courant en Afrique de l’Ouest, ce dossier illustre les contraintes et subtilités de la géopolitique régionale.
Conclusion
L’affaire Damiba ne se résume pas à un simple transfert judiciaire. Entre accords tacites, enjeux économiques et équilibres diplomatiques, l’extradition de l’ancien président burkinabè reste un dossier délicat, où chaque décision pourrait avoir des répercussions régionales importantes.
