Soudan du Sud : un mort nommé à la commission électorale, révélateur d’un État en pleine dérive
La nomination d’un opposant décédé depuis cinq ans à la commission électorale par le président Salva Kiir illustre le chaos politique qui secoue le Soudan du Sud. Alors que les combats se rapprochent de la capitale Juba, le pays semble glisser dangereusement vers une nouvelle guerre civile.

La crise politique au Soudan du Sud vient de franchir un nouveau cap inquiétant. Le président Salva Kiir a récemment annoncé la formation d’une commission chargée d’organiser les élections, plusieurs fois reportées depuis 2015. Mais parmi les quelque 70 personnalités nommées figurait un homme décédé depuis cinq ans : Steward Sorobo Budia, figure de l’opposition.
L’erreur, rapidement corrigée par des responsables embarrassés, a provoqué un tollé et renforcé les accusations d’incompétence visant le pouvoir en place. Pour de nombreux observateurs, cet épisode symbolise la désorganisation profonde de l’appareil d’État.
Un pouvoir fragilisé et isolé
Depuis dix-huit mois, Salva Kiir multiplie les limogeages au sommet de l’État. Ministres, vice-présidents et hauts responsables sécuritaires ont été écartés parfois quelques jours seulement après leur nomination.
La situation s’est encore aggravée avec l’arrestation et le procès pour trahison du vice-président Riek Machar, assigné à résidence depuis près d’un an. Ce procès met en péril l’accord de paix signé en 2018 entre les deux rivaux, qui avait mis fin à cinq années d’une guerre civile meurtrière ayant causé plus de 400 000 morts.
Même l’épouse de Machar, Angelina Teny, alors ministre de l’Intérieur, a été limogée, accentuant les tensions politiques.
Des combats aux portes de Juba
Sur le terrain, la crise politique se double d’une dégradation sécuritaire rapide. Les affrontements entre les forces gouvernementales et les partisans de Machar se sont intensifiés dans les États de Jonglei et du Haut-Nil, au nord-est du pays.
Une frappe aérienne contre un hôpital géré par Médecins Sans Frontières début février a suscité une vive indignation internationale. Des centaines de civils auraient péri ces derniers mois, tandis que des organisations de défense des droits humains évoquent de possibles crimes de guerre.
Les combats se rapprochent dangereusement de la capitale Juba, faisant craindre un effondrement total du fragile équilibre sécuritaire.
Une pression internationale croissante
La communauté internationale s’inquiète de la dérive du régime. Lors du dernier sommet de l’Union africaine, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a appelé publiquement à la libération de Riek Machar.
Le président kényan William Ruto tente également de relancer un processus de paix depuis Nairobi, sans succès jusqu’à présent.
Les relations avec les États-Unis se sont également détériorées, Washington accusant le gouvernement sud-soudanais de saboter les efforts de paix et de freiner l’aide humanitaire.
Un pays au bord du gouffre
Plus jeune État du monde depuis son indépendance en 2011 après sa séparation du Soudan, le Soudan du Sud est prisonnier d’un cycle récurrent de conflits, de famine et d’instabilité politique.
Selon les Nations Unies, 280 000 personnes ont été déplacées depuis le début de l’année et 40 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë. L’économie, largement dépendante du pétrole exporté via des oléoducs traversant le Soudan, est affaiblie par la guerre qui ravage ce pays voisin.
Les élections sont désormais prévues pour décembre, mais dans un contexte de violence croissante et d’instabilité institutionnelle, leur tenue paraît de plus en plus incertaine.
La nomination d’un homme décédé à la commission électorale restera sans doute comme un symbole marquant de la désorganisation du pouvoir à Juba — et du risque réel d’un retour à la guerre civile.
