Souveraineté ivoirien: Le prisme de la SODECI
Alors que l’eau reste une ressource vitale pour tout État, la Côte d’Ivoire se retrouve privée de contrôle sur l’une de ses sociétés stratégiques. La SODECI, bien que de droit ivoirien, est majoritairement détenue par un acteur privé, Eranove, illustrant le manque de souveraineté économique et politique dénoncé par le ministre Ahoua Don Mello lors de son interview récente. Une dépendance qui pose question sur la capacité de l’État à protéger l’intérêt général.

L’intervention de Ahoua Don Mello sur un médias ivoiriens met en lumière un problème structurel majeur : le déficit de souveraineté économique et stratégique de la Côte d’Ivoire dans des secteurs vitaux pour la nation, tels que l’eau potable. La SODECI, bien qu’étant une société de droit ivoirien et cotée à la BRVM, illustre parfaitement ce déséquilibre.
1. Une société ivoirienne, mais un contrôle étranger prédominant
La SODECI est historiquement présentée comme un fleuron de l’entreprise nationale depuis sa création en 1960. Pourtant, l’actionnariat révèle une réalité bien différente : Eranove, un groupe privé majoritairement étranger, détient 46,07 % des parts, tandis que l’État n’en possède que 3,25 %. Ce déséquilibre traduit une dépendance stratégique vis-à-vis d’acteurs privés qui définissent en grande partie les orientations et la gouvernance d’un service public crucial.
Cette situation interroge sur la capacité réelle de l’État ivoirien à exercer sa souveraineté sur les services essentiels. L’eau, ressource vitale par excellence, devrait rester sous contrôle national, afin de garantir l’accès équitable à tous et de préserver l’intérêt général face à la logique du profit.
2. Privatisation et service public : une contradiction
La SODECI fonctionne selon un modèle d’affermage, où l’entreprise privée assure la gestion du service public moyennant des revenus garantis par l’État. Ce mécanisme, bien qu’efficace sur le plan technique, pose un dilemme politique : le contrôle de la ressource reste en grande partie hors du pouvoir national, limitant la marge de manœuvre de l’État pour définir des politiques tarifaires ou d’investissement en faveur des populations.
En pratique, cette privatisation historique transforme un droit fondamental – l’accès à l’eau potable – en marchandise dépendante des décisions d’un actionnaire privé. L’analyse de Don Mello dénonce ce phénomène comme un symbole du manque de souveraineté : l’État ne maîtrise pas entièrement ses infrastructures stratégiques.
3. Une souveraineté fragmentée et ses conséquences
Le cas de la SODECI illustre un problème plus large en Côte d’Ivoire : la souveraineté économique est fragmentée, car des secteurs clés (énergie, eau, télécommunications) sont largement privatisés ou dominés par des acteurs étrangers. Cette situation limite la capacité de l’État à imposer sa politique économique et sociale, et fragilise sa position face aux exigences des actionnaires privés ou des institutions internationales.
De plus, l’impact sur la population est concret : des décisions sur les tarifs, la qualité du service ou l’investissement dans les infrastructures dépendent plus des intérêts privés que du bien-être collectif. Ce déséquilibre structurel est au cœur de la critique de Ahoua Don Mello, qui appelle à un renforcement du contrôle national sur les secteurs stratégiques pour restaurer la souveraineté ivoirienne.
4. Réflexion critique
L’exemple de la SODECI met en lumière une tension fondamentale entre libéralisation économique et souveraineté nationale. Si l’ouverture aux acteurs privés peut apporter efficacité et expertise technique, elle ne doit jamais se faire au détriment du contrôle stratégique de l’État sur ses ressources essentielles.

Date : mardi 3 février 2026