Théophile Obenga alerte : “Sans unité et sans puissance, l’Afrique restera inaudible”
Dans une interview dense et sans concession, le professeur Théophile Obenga livre une analyse percutante sur l’état du continent africain. Entre critique des élites, appel à l’unité et regard sur les dynamiques actuelles comme l’AES, il pose une question centrale : l’Afrique peut-elle exister sans puissance politique réelle ?

Une pensée héritée de Cheikh Anta Diop
Proche collaborateur du célèbre intellectuel Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga s’inscrit dans une continuité idéologique claire : celle d’une Afrique forte, consciente de son histoire et capable de s’unir pour peser dans le monde.
Selon lui, un peuple ne peut véritablement exister que s’il est en mesure d’imposer ses intérêts. Une idée simple mais fondamentale : sans puissance politique ni cohésion, l’Afrique reste marginalisée dans les grandes décisions internationales.
Une critique sévère du manque d’unité africaine
Dans ses propos, le professeur Obenga déplore une réalité qu’il juge alarmante : l’incapacité des États africains à s’unir durablement. Revenant sur les tentatives historiques, de l’Organisation de l’unité africaine à l’Union africaine, il estime que ces structures sont restées limitées, souvent dépendantes de financements extérieurs.
Pour lui, cette dépendance empêche toute véritable autonomie stratégique. L’Afrique, dans ces conditions, ne peut ni défendre efficacement ses intérêts ni proposer une vision commune forte.
L’AES, un “embryon” d’espoir
Face à ce constat, Obenga voit dans l’Alliance des États du Sahel (AES) une initiative qui pourrait incarner un début de rupture. À ses yeux, cette alliance traduit une prise de conscience nouvelle : celle de la nécessité de contrôler ses ressources et de défendre ses intérêts face aux puissances extérieures.
Cette dynamique s’inscrirait dans la lignée des luttes menées par des figures historiques comme Thomas Sankara, symbole d’une Afrique souveraine et engagée.
Une Afrique confrontée à son propre oubli
Au-delà des critiques politiques, le discours de Théophile Obenga révèle une profonde inquiétude : celle d’un continent qui aurait perdu le lien avec son histoire.
Esclavage, colonisation, luttes pour l’indépendance… autant d’événements qui devraient, selon lui, nourrir une conscience collective forte. Pourtant, il constate une forme d’amnésie ou de désintérêt, notamment chez certaines élites intellectuelles et politiques.
Cette perte de repères historiques affaiblirait la capacité des Africains à construire un projet commun cohérent.
Rejet des logiques de dépendance
Obenga s’oppose également à certaines approches contemporaines, notamment les débats sur les réparations liées à l’esclavage. Sans rejeter le principe moral, il questionne la manière dont ces initiatives sont portées et les logiques de dépendance qu’elles pourraient entretenir.
Pour lui, l’essentiel n’est pas de quémander, mais de construire une puissance autonome, capable de négocier d’égal à égal avec les autres nations.
Un appel à une révolution des mentalités
Au fond, le message du professeur est clair : le salut de l’Afrique ne viendra ni de l’extérieur ni de discours symboliques, mais d’un changement profond des mentalités.
Il appelle à :
- un patriotisme africain assumé,
- une maîtrise des ressources du continent,
- et surtout, une unité politique réelle.
Conclusion
Derrière la dureté de ses mots, Théophile Obenga apparaît comme un homme profondément préoccupé par l’avenir du continent. Son analyse, parfois brutale, reflète surtout une urgence : celle de repenser le destin africain à partir de ses propres forces.
À l’heure où de nouvelles dynamiques émergent, notamment dans le Sahel, son message résonne comme un avertissement, mais aussi comme un appel : celui d’une Afrique enfin unie, consciente et souveraine.
