Théophile Obenga : réveiller l’Afrique par la mémoire, l’unité et le courage politique

Dans un monde où les rapports de force se redessinent sans complaisance, la voix du professeur Théophile Obenga résonne comme un rappel brutal mais salutaire : l’Afrique ne manque ni d’histoire, ni d’intelligence, ni de ressources — elle manque de volonté politique et de conscience historique. À travers une critique sans détour de l’Occident et de l’Union africaine, l’éminent intellectuel africain appelle à un sursaut collectif, fondé sur la mémoire, l’unité et l’audace.

Théophile Obenga réveiller l’Afrique par la mémoire, l’unité et le courage politique

L’Occident et le mythe des droits de l’homme

Théophile Obenga ne pratique ni la langue de bois ni les détours diplomatiques. Pour lui, l’Occident, quels que soient ses dirigeants ou ses discours, poursuit un objectif constant : la défense de ses intérêts économiques et géopolitiques, souvent au détriment de l’Afrique.
Les droits de l’homme, brandis comme un étendard moral, ne seraient bien souvent qu’un instrument de domination, activé ou désactivé selon les besoins stratégiques.

L’histoire, rappelle-t-il, est sans ambiguïté : la richesse matérielle de l’Europe est née de l’exploitation coloniale, de l’esclavage et du pillage systématique des ressources africaines. Banques, chemins de fer, révolution industrielle, bourgeoisie capitaliste occidentale — rien de tout cela ne se serait construit sans le sang, le travail et les sacrifices des peuples noirs.


L’Afrique, pilier oublié de l’histoire mondiale

Obenga va plus loin : même la survie politique de certaines puissances européennes doit beaucoup à l’Afrique.
Sans les soldats africains, sans les tirailleurs méprisés et privés de droits, la France n’aurait probablement jamais été libérée du joug nazi. Brazzaville, capitale de la France libre, fut africaine. Paris libéré, ce sont aussi des soldats noirs qui y sont entrés — avant d’être effacés des récits officiels.

Cette amnésie organisée n’est pas accidentelle : elle sert à maintenir l’Afrique dans une position de subordination psychologique et politique.


Théophile Obenga, héritier de Cheikh Anta Diop

Égyptologue, historien, linguiste, Théophile Obenga s’inscrit dans la droite ligne de Cheikh Anta Diop : restaurer la mémoire africaine pour libérer l’avenir.
Car un peuple sans conscience historique est un peuple manipulable.

Comprendre l’histoire, c’est aussi comprendre pourquoi des figures comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Amílcar Cabral ou Modibo Keïta ont été combattues, éliminées ou marginalisées. Leur crime ? Avoir voulu une Afrique souveraine, digne et maîtresse de ses choix.


Une Union africaine sans âme ni vision

La charge la plus sévère d’Obenga vise l’Union africaine. Selon lui, cette institution est une coquille administrative vide, financée et contrôlée en grande partie par des intérêts extérieurs, notamment européens.
Aucune vision politique forte. Aucune célébration sérieuse des héros africains. Aucun travail de fond sur Nkrumah, Sankara, Lumumba, Um Nyobè, Nyerere ou Boganda.

« Une Union africaine qui ne parle pas de Patrice Lumumba est une Union de la trahison », martèle-t-il.


Le panafricanisme : un État fédéral ou rien

Pour Obenga, le panafricanisme n’est ni un slogan ni une posture romantique. Il signifie clairement : un État fédéral africain.
Un seul espace politique capable de :

  • protéger les richesses minières, agricoles et halieutiques du continent ;
  • bâtir de grandes infrastructures communes ;
  • mutualiser l’intelligence, la défense et la diplomatie ;
  • parler d’une seule voix face aux grandes puissances.

Comparer l’Afrique aux États-Unis ou à la Chine n’est pas une provocation, mais une leçon d’histoire : les grandes puissances sont nées d’un rêve audacieux, souvent jugé utopique à l’époque.


Le danger de l’élimination silencieuse

L’avertissement est grave : à l’ère des technologies avancées, des satellites, de l’intelligence artificielle et des bouleversements climatiques, un continent fragmenté et politiquement faible peut être marginalisé, voire éliminé du jeu mondial.

L’Afrique ne peut plus se permettre le luxe de l’inaction.


La jeunesse africaine, clé de la renaissance

Enfin, Théophile Obenga s’adresse à la jeunesse. Pas pour la flatter, mais pour la responsabiliser.
Les grandes idées africaines sont nées de jeunes esprits : Cheikh Anta Diop écrivait sur la renaissance africaine avant même les indépendances.

Le danger aujourd’hui ? Enfermer la jeunesse dans des slogans creux, des préjugés et des dogmes stériles.
Il faut libérer sa créativité, accepter ses erreurs, encourager la pensée critique. C’est ainsi que naissent les renaissances véritables.


Conclusion : rêver pour survivre

Le message d’Obenga est clair : l’Afrique doit rêver grand, ou disparaître lentement.
Rêver d’unité, de puissance politique, de souveraineté intellectuelle.
Non pas pour dominer le monde, mais pour exister pleinement en son sein.

L’Afrique n’a plus besoin de discours rassurants. Elle a besoin de courage, de mémoire et de décisions historiques.

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