Tchad : la France prépare-t-elle son retour militaire par la petite porte ?
Après le départ des soldats français du Tchad, Paris et N’Djamena semblent progressivement renouer leur coopération militaire. La France prépare-t-elle un retour discret dans la région ? Quels sont les enjeux de ce rapprochement et que signifie-t-il pour la souveraineté du Tchad ?

Un an et demi après le départ des derniers soldats français du Tchad, Paris et N’Djamena semblent progressivement renouer le dialogue sur le terrain militaire. Une reprise de coopération qui pourrait marquer un nouveau chapitre dans les relations entre la France et son ancienne colonie, mais selon des modalités beaucoup plus discrètes.
Le 30 janvier 2025, les derniers militaires français avaient quitté le Tchad, mettant fin à une présence militaire française installée depuis plusieurs décennies. Ce départ avait été présenté comme une affirmation de la souveraineté tchadienne et comme la volonté de N’Djamena de redéfinir ses partenariats stratégiques.
Mais aujourd’hui, les relations semblent évoluer.
Paris et N’Djamena cherchent un nouveau compromis
L’idée ne serait plus de reproduire le modèle d’autrefois, avec des bases militaires françaises permanentes et une importante présence de soldats sur le territoire tchadien. Le scénario qui se dessine serait plutôt celui d’une coopération bilatérale plus souple : formation, échanges militaires, coopération technique et éventuellement soutien ponctuel.
Pour N’Djamena, cette évolution pourrait répondre à un besoin concret : disposer de partenaires capables d’apporter une expertise militaire et technologique tout en conservant le contrôle de ses choix stratégiques.
Car les alternatives envisagées ces dernières années présentent également leurs propres limites.
Les Émirats arabes unis sont devenus un partenaire plus délicat dans le contexte de la guerre au Soudan voisin. La coopération avec la Turquie, notamment dans le domaine des drones, n’aurait pas toujours produit les résultats espérés. Quant au rapprochement avec la Russie, il reste entouré de nombreuses interrogations après les expériences observées dans d’autres pays du Sahel.
Dans ce contexte, la France pourrait progressivement redevenir une option pour N’Djamena.
Un retour français, mais sans les anciennes bases ?
C’est précisément là que réside l’enjeu.
La France ne chercherait pas nécessairement à réinstaller immédiatement une présence militaire comparable à celle qu’elle possédait auparavant. Le contexte régional a changé. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont successivement rompu avec la coopération militaire française, tandis que les opinions publiques d’une partie du Sahel se montrent beaucoup plus méfiantes à l’égard de Paris.
Un retour trop visible pourrait donc provoquer des réactions politiques et populaires.
La stratégie pourrait ainsi consister à avancer progressivement, à travers des accords de coopération, des formations et des partenariats techniques, plutôt que par l’installation de nouvelles bases militaires.
Pour Paris, le Tchad conserve en effet une importance stratégique majeure. Situé au cœur de l’Afrique centrale et à proximité de plusieurs zones de crise, le pays occupe une position géographique particulièrement sensible.
Après le divorce, le rapprochement ?
La question est désormais de savoir ce que chacun cherche réellement dans cette nouvelle coopération.
Pour la France, il s’agit de préserver une capacité d’action dans une région où son influence militaire a considérablement reculé.
Pour le Tchad, il s’agit de diversifier ses partenariats tout en conservant une marge de manœuvre stratégique.
Mais ce rapprochement pose également une question fondamentale : la souveraineté revendiquée hier par N’Djamena est-elle compatible avec un retour, même discret, de la coopération militaire française ?
Le Tchad veut-il simplement bénéficier de l’expertise française sans redevenir dépendant de Paris ? Ou assiste-t-on progressivement à un retour de l’influence française sous une nouvelle forme ?
Une chose est certaine : après plusieurs années de rupture entre la France et plusieurs pays du Sahel, la bataille d’influence ne semble pas terminée. Elle a simplement changé de méthode.
Et cette fois, le retour pourrait se faire à pas feutrés.
