Togo–Sahel : Lomé se positionne en médiateur régional, l’AES réaffirme sa ligne souverainiste

À Lomé, une réunion stratégique sur le Sahel a mis en lumière les profondes divergences entre les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et leurs partenaires régionaux. Entre médiation diplomatique portée par le Togo et discours souverainiste assumé du Burkina Faso, cette rencontre révèle une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition politique et géopolitique.

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Lomé, 18-19 avril 2026 – La capitale togolaise a accueilli une réunion de haut niveau marquant le lancement de la nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel (2026-2028). Une initiative diplomatique ambitieuse visant à positionner le pays comme un pont entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la communauté internationale, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions politiques et sécuritaires.

Autour du ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, les échanges ont réuni les représentants du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ainsi que des responsables de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations unies.

Une médiation togolaise soutenue, malgré les tensions

Lors des discussions, la CEDEAO a plaidé pour le maintien d’une coopération économique et opérationnelle avec les pays de l’AES, malgré les divergences politiques persistantes. De son côté, l’Union africaine a salué les efforts de médiation engagés par Lomé, insistant sur la nécessité de privilégier des solutions africaines concertées.

Mais au-delà du cadre diplomatique, c’est surtout l’intervention du représentant burkinabè de l’AES qui a marqué les esprits, par un ton ferme et sans concession.


Un discours offensif sur la souveraineté africaine

Dans une allocution dense et engagée, le représentant du Burkina Faso a défendu avec vigueur la trajectoire actuelle des pays de l’AES, rejetant toute remise en cause de leur orientation politique.

Selon lui, les États sahéliens mènent un combat de “conquête de souveraineté”, et non une simple revendication symbolique. Il a notamment dénoncé ce qu’il qualifie de “double standard” international, en particulier sur la question de la démocratie et des droits humains.

« Nous parlons de quelle démocratie ? Celle imposée depuis l’extérieur et qui, pendant des décennies, n’a pas amélioré les conditions de vie de nos populations ? »


Bilan revendiqué : sécurité, santé et mobilisation populaire

Pour appuyer ses propos, l’intervenant a dressé un bilan qu’il juge positif depuis la prise de pouvoir des autorités actuelles au Burkina Faso :

  • Mobilisation populaire : plus de 500 milliards de francs CFA collectés auprès des citoyens pour soutenir l’effort national
  • Réformes sanitaires : suppression de certaines cautions médicales, déploiement de cliniques mobiles, baisse du coût des examens médicaux
  • Couverture sociale : mise en place d’une assurance maladie accessible aux populations du secteur informel
  • Investissements agricoles : mécanisation accrue et augmentation de la production céréalière
  • Renforcement sécuritaire : création de nouvelles unités militaires et développement de capacités autonomes

Un ensemble de mesures présentées comme la preuve d’une gouvernance tournée vers les besoins fondamentaux des populations, en contraste avec les décennies précédentes.


Une critique frontale des institutions internationales

Le représentant burkinabè a également critiqué les méthodes de certaines organisations internationales, notamment dans la production de rapports sur les droits humains.

Il dénonce :

  • des enquêtes basées sur des sources jugées peu fiables
  • un traitement médiatique biaisé des groupes armés
  • une instrumentalisation des narratifs internationaux à des fins politiques

Dans une comparaison controversée, il a évoqué le cas de Mouammar Kadhafi, estimant que des logiques similaires avaient conduit à sa chute.


Un rejet clair des modèles importés

Au cœur du discours, une ligne idéologique assumée :
👉 refus d’une démocratie perçue comme imposée
👉 affirmation d’une souveraineté politique, économique, sécuritaire et culturelle

Le représentant a insisté sur la volonté des pays de l’AES de :

  • choisir librement leurs partenaires
  • exploiter leurs ressources au profit de leurs populations
  • développer leurs propres capacités industrielles et militaires
  • préserver leurs valeurs culturelles

Une Afrique à la croisée des chemins

Cette rencontre de Lomé illustre les profondes recompositions en cours en Afrique de l’Ouest. Entre volonté de médiation portée par le Togo et affirmation souverainiste des États du Sahel, les lignes diplomatiques restent fragiles.

Mais une chose est claire : le débat ne se limite plus à la sécurité. Il porte désormais sur la nature même des modèles politiques et de développement du continent.

Conclusion

Entre ouverture diplomatique et radicalité politique, la réunion de Lomé confirme que l’Afrique de l’Ouest traverse une phase de transformation majeure.

Le dialogue reste possible, mais les positions sont désormais nettement affirmées :
👉 d’un côté, la recherche de compromis
👉 de l’autre, une volonté assumée de rupture

L’avenir des relations entre la CEDEAO et l’AES dépendra de la capacité des acteurs à concilier ces deux visions.

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