SILA 2026 : le Dr Jérémie Chifolo Yéo propose une présidence tournante régionale pour garantir la paix en Côte d’Ivoire

Présent au Salon international du livre d’Abidjan 2026, le chirurgien-écrivain ivoirien Jérémie Chifolo Yéo a dévoilé une proposition politique audacieuse : instaurer une présidence tournante régionale en Côte d’Ivoire. Inspiré par le modèle suisse et forgé par son expérience des crises ivoiriennes, le médecin estime qu’une alternance géographique du pouvoir pourrait mettre fin aux tensions politiques récurrentes.

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Un médecin marqué par les blessures de la guerre

Au-delà de sa présence littéraire au Salon international du livre d’Abidjan (SILA 2026), le Dr Jérémie Chifolo Yéo porte un message politique nourri par une expérience humaine exceptionnelle.

Chirurgien, urgentiste et spécialiste en santé publique, cet homme de terrain n’a pas observé les crises ivoiriennes à distance. Il les a vécues au cœur des zones de conflit, soignant les blessés là où l’État avait parfois déserté et où les violences avaient laissé place au chaos.

De l’hôpital de Ferkessédougou en 2002, abandonné par une partie du personnel expatrié, jusqu’aux zones meurtries d’Abobo et de Duékoué lors de la crise postélectorale de 2011, Jérémie Chifolo Yéo a été un témoin direct des fractures profondes qui ont traversé la Côte d’Ivoire.

Cette expérience traumatisante a fait naître chez lui une vocation inattendue : celle d’écrivain.

« J’ai vu des horreurs. Il s’est imposé à moi un devoir de vérité pour les générations futures », confie-t-il.


Trois ouvrages pour témoigner des drames ivoiriens

À travers ses publications, le médecin-écrivain retrace plus de vingt-cinq années passées au chevet d’une population confrontée aux conséquences des crises politiques.

Ses ouvrages :

  • Médecin chez les rebelles ivoiriens
  • Les quatre murs de l’hôpital
  • Le commando invisible et les atrocités de Duékoué

constituent autant de récits documentaires que de témoignages sur les blessures visibles et invisibles laissées par les conflits.

Mais pour lui, raconter ne suffit plus.

Face à ce qu’il qualifie de « crise larvée » persistante, il estime nécessaire de proposer une refondation politique capable d’éviter la répétition des affrontements.


Une présidence tournante régionale comme remède politique

Le cœur de sa proposition repose sur un principe simple : garantir à chaque grande région du pays un accès équitable à la magistrature suprême.

S’inspirant du modèle helvétique, Jérémie Chifolo Yéo suggère :

  • la réduction du mandat présidentiel à quatre ans ;
  • une présidence tournante entre les grandes régions ivoiriennes ;
  • un ordre de passage défini initialement par tirage au sort.

Les principales zones concernées seraient :

  • le Nord
  • le Centre
  • l’Est
  • l’Ouest
  • le Sud

Chaque région choisirait son candidat selon ses mécanismes internes, avant de céder la place à une autre au terme du mandat.

Selon lui, ce système créerait une alternance institutionnalisée et réduirait considérablement les tensions liées à la conquête du pouvoir.


Briser la logique de confiscation du pouvoir

Pour le chirurgien-écrivain, l’une des racines profondes de l’instabilité ivoirienne réside dans la perception qu’a chaque communauté politique de l’accès au pouvoir.

Selon son analyse, chaque accession à la tête de l’État est vécue comme une opportunité à préserver à tout prix, nourrissant rivalités, exclusions et parfois violences.

La présidence tournante permettrait, selon lui, de créer une certitude collective :

chaque région saura que son tour viendra.

Cette assurance pourrait désamorcer les frustrations identitaires et réduire la tentation de recourir à la confrontation politique ou militaire.


Une idée qui suscite le débat au SILA 2026

Dans les allées du Parc des expositions d’Abidjan, la proposition du Dr Jérémie Chifolo Yéo a suscité de nombreuses réactions.

Certains y voient une piste innovante pour réinventer la gouvernance ivoirienne.

D’autres s’interrogent sur sa faisabilité constitutionnelle et sur les risques d’un ancrage trop régionalisé du pouvoir.

Mais une chose est certaine : cette réflexion portée par un homme qui a pansé les plaies de la guerre interpelle.

Parce qu’elle vient non d’un politicien en quête d’audience, mais d’un praticien confronté à la souffrance humaine dans ses formes les plus extrêmes.


Le diagnostic d’un « médecin de la nation »

À travers cette proposition, Jérémie Chifolo Yéo pose une question fondamentale à la Côte d’Ivoire :

comment construire une paix durable dans un pays encore marqué par les séquelles de ses divisions ?

Son diagnostic est celui d’un médecin habitué à identifier les causes profondes d’une pathologie.

Son ordonnance politique, bien que radicale, ambitionne de traiter les racines du mal plutôt que ses symptômes.

Reste désormais à savoir si la classe politique ivoirienne acceptera d’écouter cette voix singulière venue du monde médical et littéraire.

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