Mali : Abdoulaye Diop dénonce une « guerre économique et médiatique » contre les pays de l’AES
Selon le chef de la diplomatie malienne, la déstabilisation du Mali ne se limite plus au terrain militaire. Elle se joue désormais sur les fronts économique et médiatique, avec pour objectif d’affaiblir les États de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Lors de son intervention au Forum panafricain des médias à Bamako, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a livré une analyse sans détour des défis auxquels son pays est confronté. Pour lui, après l’échec des offensives militaires menées par les groupes armés contre le Mali, de nouvelles stratégies de déstabilisation ont été mises en œuvre.
Une guerre économique pour asphyxier le Mali
Selon le ministre, les sanctions imposées aux pays de l’AES et les perturbations des circuits d’approvisionnement s’inscrivent dans une logique qu’il qualifie de « terrorisme économique ».
Le Mali, pays enclavé dépendant fortement des corridors commerciaux régionaux, a connu ces dernières années d’importantes difficultés d’approvisionnement. Pour Abdoulaye Diop, l’objectif de ces pressions serait de provoquer un mécontentement populaire suffisamment fort pour retourner les populations contre leurs dirigeants.
Malgré les périodes de pénurie, notamment de carburant, le ministre estime que les Maliens ont fait preuve de résilience et de maturité politique. Il a salué la capacité de la population à supporter les difficultés sans céder à ce qu’il considère comme des tentatives de manipulation.
« Après avoir échoué sur le terrain militaire, certains ont ouvert un nouveau front, celui de l’économie », a-t-il laissé entendre devant les participants du forum.
Les médias au cœur d’un nouveau champ de bataille
Abdoulaye Diop a également consacré une large partie de son intervention à ce qu’il appelle le « terrorisme médiatique ».
Selon lui, certaines plateformes médiatiques internationales accorderaient une visibilité disproportionnée aux attaques terroristes tout en passant sous silence les succès enregistrés par les forces de défense et de sécurité des pays sahéliens.
Le chef de la diplomatie malienne estime que cette couverture médiatique contribue à créer un climat de peur susceptible de décourager les investisseurs, les transporteurs et les partenaires économiques.
Pour le ministre, la guerre de l’information est devenue un outil de déstabilisation aussi puissant que les armes conventionnelles. Il affirme que les campagnes médiatiques influencent l’opinion publique et peuvent façonner des réalités politiques qui ne correspondent pas toujours aux faits observés sur le terrain.
Un appel aux médias africains
Face à cette situation, Abdoulaye Diop a lancé un appel aux journalistes et aux médias africains.
Sans remettre en cause la liberté de la presse ni le devoir de critique, il a insisté sur la nécessité pour les professionnels des médias de défendre les intérêts de leurs pays et de contribuer à la préservation de leur stabilité.
Selon lui, les médias africains doivent développer leurs propres narratifs et éviter de reproduire systématiquement les analyses produites par certaines grandes chaînes occidentales.
Le ministre a également invité les journalistes à s’interroger sur les terminologies employées dans le traitement de l’actualité sécuritaire, estimant que certains mots véhiculent des agendas politiques et idéologiques qui ne sont pas toujours neutres.
Une diplomatie ouverte malgré les tensions régionales
Abordant les questions diplomatiques, Abdoulaye Diop a réaffirmé que le Mali reste ouvert à tous les partenariats internationaux, à condition que ceux-ci reposent sur le respect de la souveraineté nationale et des choix stratégiques du pays.
Il a souligné que Bamako ne nourrit aucune hostilité envers ses voisins, même si des divergences politiques existent avec certains gouvernements de la sous-région.
Le ministre a notamment rappelé que le retrait du Mali de la CEDEAO ne signifie pas une rupture avec les peuples ouest-africains. Selon lui, les liens historiques, économiques et culturels entre les populations demeurent solides et doivent être préservés.
Abdoulaye Diop s’est montré confiant quant à la capacité des États africains à résoudre eux-mêmes leurs différends, citant les récents rapprochements diplomatiques observés entre plusieurs pays de la région.
L’AES face à une bataille multidimensionnelle
À travers son intervention, le ministre malien a défendu l’idée que les pays de l’Alliance des États du Sahel sont aujourd’hui confrontés à une guerre qui dépasse largement la seule question sécuritaire.
Entre pressions économiques, affrontements informationnels et défis diplomatiques, Bamako estime devoir mener une bataille sur plusieurs fronts simultanément.
Pour Abdoulaye Diop, la réponse à ces défis passe par le renforcement de la souveraineté, la solidarité entre les peuples africains et la construction d’un écosystème médiatique capable de porter une vision africaine des réalités du continent.
