Afrique du Sud : à l’approche de l’ultimatum du 30 juin, des milliers de migrants fuient un climat de plus en plus hostile

Plus de 15 000 Malawites quittent l’Afrique du Sud face à la montée des tensions anti-immigration
À la veille de l’échéance fixée au 30 juin par plusieurs mouvements anti-immigration, l’Afrique du Sud connaît un nouvel épisode de fortes tensions autour de la présence des migrants en situation irrégulière. Des milliers de ressortissants étrangers, principalement originaires du Malawi, prennent le chemin du retour, craignant une escalade des violences xénophobes et des représailles contre les immigrés.
Selon les autorités et plusieurs témoignages recueillis sur place, plus de 15 000 Malawites ont déjà choisi de quitter le territoire sud-africain, abandonnant parfois plusieurs années de travail et de vie dans le pays.
Des familles contraintes de tout abandonner
À Durban, un vaste camp de transit a été installé sur le site de l’ancien Old Durban Drive-in, où des milliers de personnes attendent d’être enregistrées avant d’embarquer dans des bus à destination de Blantyre, au Malawi, après un voyage de plus de 2 000 kilomètres.
Parmi elles figure Katiija Rajab, employée de maison depuis trois ans dans la région de Durban.
« Je suis déçue de ce que nos frères et sœurs sud-africains nous font subir. Même les enfants nous demandent quand nous allons rentrer chez nous », confie-t-elle.
Elle raconte que sa patronne, en apprenant son départ, n’a pu retenir ses larmes.
Ces départs illustrent la profonde inquiétude qui gagne de nombreuses communautés étrangères installées en Afrique du Sud depuis plusieurs années.
La peur des violences et des licenciements
L’inquiétude ne concerne pas uniquement les sans-papiers. De nombreux employeurs préfèrent désormais mettre fin aux contrats de travailleurs étrangers par crainte de sanctions administratives.
C’est le cas d’Isaac Paul, dont le passeport est arrivé à expiration.
Après plusieurs années à exercer des petits travaux de jardinage et d’entretien, il affirme avoir perdu son emploi.
« Mon patron m’a expliqué qu’il risquait une amende. Même dans notre quartier, les habitants nous disent que nous devons partir. »
Avec son épouse et leur bébé d’un an, il retourne au Malawi sans savoir comment reconstruire sa vie.
Même scénario pour Chris Chiwutsi, maçon installé depuis douze ans en Afrique du Sud.
Son employeur l’a licencié tandis que son propriétaire lui a demandé de quitter son logement.
« Je ne sais pas ce qui m’attend au Malawi, mais je n’ai plus le choix. »
Le KwaZulu-Natal, foyer des tensions
La province du KwaZulu-Natal, dont Durban est la principale ville, concentre une grande partie des tensions actuelles.
Cette région, fortement marquée par le nationalisme zoulou, est depuis plusieurs années l’un des principaux foyers des violences xénophobes en Afrique du Sud.
Les mouvements anti-immigration y ont multiplié les manifestations exigeant le départ des étrangers en situation irrégulière.
Face au risque de débordements, les autorités sud-africaines ont renforcé le dispositif de sécurité avec un important déploiement de policiers, épaulés par des sociétés privées de sécurité.
Le gouvernement a également averti que toute personne quittant volontairement le pays sans pouvoir présenter de documents de séjour valides lors de son enregistrement pourrait se voir interdire l’accès à l’Afrique du Sud pendant cinq ans.
Même les migrants en règle vivent dans la peur
Le climat actuel touche également des demandeurs d’asile disposant pourtant de documents réguliers.
À quelques kilomètres du camp des Malawites, plusieurs dizaines de réfugiés originaires de la République démocratique du Congo, du Burundi et du Rwanda vivent depuis plusieurs semaines dans la rue devant un bâtiment administratif.
Ils expliquent avoir quitté leurs quartiers après avoir reçu des menaces.
Gladys Irakoze, réfugiée burundaise installée en Afrique du Sud depuis près de vingt ans, affirme que les autorités leur demandent de rentrer chez eux malgré les risques.
« Nous sommes en règle. Mais comment retourner dans nos quartiers alors que des gens nous menacent ? Nous nous sentons abandonnés. »
Une crise migratoire qui ravive un vieux problème sud-africain
L’Afrique du Sud demeure la première économie du continent africain et attire depuis des décennies des centaines de milliers de migrants venus chercher de meilleures conditions de vie.
Mais le chômage élevé, les difficultés économiques et les inégalités persistantes alimentent régulièrement des vagues de rejet envers les populations étrangères, accusées par certains mouvements d’être responsables de la criminalité ou de la concurrence sur le marché de l’emploi.
À plusieurs reprises au cours des quinze dernières années, le pays a été le théâtre de violentes attaques xénophobes ayant fait des dizaines de morts et provoqué le déplacement de milliers de personnes.
À l’approche du 30 juin, les autorités redoutent une nouvelle flambée de violences, tandis que des milliers de familles continuent de quitter un pays où elles avaient pourtant construit leur avenir.
