Niger : le régime de Tiani retire provisoirement la nationalité à l’opposante Mariama Djibrine, dite Mayra
Niamey – Le pouvoir militaire nigérien poursuit sa politique de sanctions contre les personnalités accusées de porter atteinte aux intérêts de l’État. Le général Abdourahamane Tiani a signé, le 11 juin 2026, un décret de déchéance provisoire de nationalité visant l’opposante Mariama Djibrine, dans un contexte de durcissement des mesures prises contre les voix critiques du régime.

Une nouvelle sanction contre une figure critique du pouvoir
Selon le décret rendu public par le Secrétariat général du gouvernement, Mariama Djibrine, plus connue sous le nom de Mayra, est poursuivie pour plusieurs chefs d’accusation, notamment la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, l’incitation à la révolte ainsi que l’intelligence avec une puissance étrangère.
Née le 27 mai 1989 à N’Guigmi, elle devient ainsi la dernière personnalité visée par une mesure de déchéance de nationalité prise par les autorités issues du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).
Une série de déchéances depuis 2024
Cette décision s’inscrit dans une série de sanctions engagées par les autorités nigériennes depuis leur arrivée au pouvoir à la suite du coup d’État de juillet 2023.
En janvier 2026, deux proches de l’ancien président Mohamed Bazoum avaient déjà fait l’objet d’une mesure similaire :
- Maman Sani Ali Adam ;
- Boussada Ben Ali.
Les autorités les accusaient alors de mener des activités susceptibles de menacer la paix et la sécurité publiques.
Quelques mois auparavant, en novembre 2025, sept personnes avaient également été frappées par une déchéance de nationalité, parmi lesquelles deux anciens membres du gouvernement Bazoum :
- Hassoumi Massoudou ;
- Alkache Alhada.
Les deux anciens ministres sont poursuivis devant le tribunal militaire pour des accusations de trahison et de complot contre la sûreté de l’État.
Un cadre juridique contesté
L’ensemble de ces mesures s’appuie sur l’ordonnance n° 2024-43 du 27 août 2024, modifiée par l’ordonnance n° 2024-46 du 7 octobre 2024. Ces textes ont instauré un fichier national recensant les personnes soupçonnées d’être impliquées dans des actes de terrorisme ou dans des infractions considérées comme portant atteinte aux intérêts stratégiques de la nation.
Pour les autorités, ce dispositif constitue un outil de protection de la sécurité nationale. En revanche, plusieurs observateurs et organisations de défense des droits humains estiment que ces mesures renforcent la pression exercée sur les opposants politiques et les voix dissidentes.
Mohamed Bazoum toujours détenu
Près de trois ans après le renversement de son régime lors du coup d’État de juillet 2023, l’ancien président Mohamed Bazoum demeure en détention.
Alors que le CNSP poursuit sa restructuration des institutions et affirme agir au nom de la souveraineté nationale, les déchéances de nationalité se multiplient, illustrant la volonté des autorités militaires de maintenir une ligne ferme face à leurs adversaires politiques et à toute contestation jugée menaçante pour la stabilité du pays.
