Mariam Sankara face au mausolée de Thomas Sankara : pourquoi elle refuse l’inhumation sur le lieu de son assassinat

Pourquoi Mariam Sankara refuse-t-elle que Thomas Sankara soit inhumé sur le lieu de son assassinat ?

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« Nous ne voulons pas que son âme soit enfermée dans ce lieu où il a été assassiné. » Cette déclaration de Mariam Sankara résume le profond désaccord qui oppose la famille de l’ancien président burkinabè aux autorités de transition concernant le lieu d’inhumation définitive de Thomas Sankara.

Figure incontournable de la mémoire de l’ancien chef de l’État, Mariam Sankara continue, près de quarante ans après l’assassinat de son époux, de défendre avec fermeté ce qu’elle estime être la volonté et la dignité de sa famille. Si elle salue plusieurs actions engagées par le capitaine Ibrahim Traoré, elle rejette néanmoins le choix d’inhumer Thomas Sankara au Conseil de l’Entente, précisément à l’endroit où il a été assassiné le 15 octobre 1987.

Un hommage qui divise

L’inauguration du mausolée dédié à Thomas Sankara a marqué une étape importante dans le travail de mémoire entrepris par les autorités burkinabè. Pourtant, un détail n’est pas passé inaperçu : l’absence de Mariam Sankara lors de la cérémonie officielle.

Ce boycott était loin d’être anodin. Depuis plusieurs mois, la famille de Thomas Sankara plaide pour que les restes de l’ancien président soient transférés au Monument des Martyrs, un lieu qu’elle juge plus approprié pour accueillir les hommages des Burkinabè et des visiteurs du monde entier.

Selon Mariam Sankara, le Conseil de l’Entente reste avant tout le théâtre d’un drame national.

« Thomas est né dans une famille, a grandi dans une famille, a eu une épouse et des enfants. Nous ne voulons pas que son âme soit enfermée dans ce lieu où il a été assassiné, où d’autres personnes ont également été tuées et torturées. Nous voulons qu’il repose en paix. »

Une famille qui estime ne pas avoir été entendue

L’épouse de Thomas Sankara affirme avoir entrepris plusieurs démarches auprès des autorités afin d’exposer la position de la famille. Elle explique avoir adressé une correspondance officielle à la présidence proposant une autre option d’inhumation.

Si cette demande a bien reçu une réponse administrative, Mariam Sankara regrette de ne jamais avoir pu échanger directement avec le président Ibrahim Traoré.

« J’ai tenté de lui parler au téléphone. Une personne a été désignée pour m’écouter, mais je n’ai jamais pu lui parler directement. »

Elle confie également avoir le sentiment que la famille a été progressivement écartée des décisions concernant Thomas Sankara.

Un soutien à Ibrahim Traoré malgré le désaccord

Malgré cette divergence majeure, Mariam Sankara tient à préciser que son désaccord ne remet pas en cause son appréciation de la gestion actuelle du Burkina Faso.

Interrogée sur les autorités de transition, elle reconnaît les efforts entrepris pour restaurer la sécurité et reconstruire le pays.

Selon elle, la stratégie engagée par le capitaine Ibrahim Traoré mérite d’être soutenue, notamment face aux défis sécuritaires auxquels le Burkina Faso est confronté.

Cette distinction entre le soutien politique et le désaccord familial montre que le débat dépasse largement les clivages politiques.

Un projet mémoriel d’envergure

Le mausolée Thomas Sankara constitue l’un des projets symboliques les plus ambitieux portés par les autorités burkinabè.

Au-delà du lieu d’inhumation, le projet prévoit un vaste complexe mémoriel comprenant notamment un centre de conférences, un parc et plusieurs espaces destinés à préserver l’héritage de l’ancien président.

Pour les autorités, ce mémorial vise à inscrire durablement Thomas Sankara dans l’histoire nationale et africaine.

Pour ses proches, en revanche, le respect de la mémoire du défunt passe également par le choix du lieu où il repose.

Entre mémoire nationale et douleur familiale

Le débat met en lumière deux visions difficilement conciliables.

D’un côté, l’État souhaite faire du lieu de l’assassinat un symbole de mémoire, de résilience et d’histoire nationale. De l’autre, la famille considère que ce même endroit reste avant tout celui d’un traumatisme qu’elle ne souhaite pas voir devenir la dernière demeure de Thomas Sankara.

Une chose est certaine : Thomas Sankara dépasse aujourd’hui le cadre familial. Son héritage politique continue d’inspirer une grande partie de l’Afrique, faisant de lui l’une des figures les plus marquantes du panafricanisme contemporain.

Reste une question qui continue d’alimenter le débat : comment concilier le devoir de mémoire d’une nation avec les souhaits les plus profonds de la famille de celui qui en est devenu l’un des plus grands symboles ?

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